Hier et demain, ici et ailleurs

par l'auteure Vanessa Terral

Araignée du soir, espoir… (nouvelle)

Petite nouvelle qui m’est venue, comme ça, sur le monde de la nuit…

   Mélinda était une gothique et elle avait l’habitude que les gens se retournent sur son passage. La nuit, si elle fréquentait la plupart du temps les derniers lieux à la mode – ceux où elle passait presque inaperçue tant les fêtards alanguis et aux lèvres bardées de noir relevaient leur look de fantaisies parfois grotesques, mais toujours criardes et volontairement provocantes –, elle devait pour y parvenir passer par de larges avenues où bourgeois et Parisiens flâneurs ne manquaient pas de la remarquer. Heureusement, car Mélinda adorait ça ! Cette brunette, pourtant petite et assez banale, avait toujours aimé exister aux yeux des gens et cette volonté l’avait entraînée dans son état actuel.
Toujours selon son but existentiel, qui tenait en trois ordres : “Remarque-moi, regarde-moi, aime-moi.”, elle n’appréciait guère ces night-clubs aux noms évocateurs et sombres, car elle y trouvait toujours des personnes plus originales et plus charmantes qu’elle. Cependant, elle était parvenue, au fil du temps, à étendre son réseau de connaissance et, désormais, si ses compagnons nocturnes boudaient le rayonnement qu’elle avait désiré se donner, elle se révélait appréciée de tous et avait prudemment conclu qu’il s’agissait d’une sorte de nécessité. La compétition pour être couronnée reine de ces nuits de morts-vivants était rude et elle avait déduit qu’il valait mieux ne pas se faire remarquer afin de rester en bons termes avec ce monde étrange et blafard.

    Néanmoins, ce soir, elle avait faim d’attention et de cette chaude sensation que l’on ressent lorsqu’on surprend une étincelle de désir dans la prunelle d’un bel homme.

Aussi Mélinda avait-elle fait un effort et s’était-elle affublée d’une ou deux breloques rouge sang, ce qui la gênait un peu, car cet ajout modifiait le style qu’elle aimait à revêtir. Nonobstant, les reflets vermeils sur son visage lui peignait l’expression vivante et enviable d’une ardeur voluptueuse et dépravée.
Et cette nuit, à cette soirée ténébreuse de corps noirs et mouvants lacérés par endroits de dentelles blanches et d’éclats bordeaux, elle avançait la tête haute, avec lenteur, grâce et hauteur, certaine de voir du coin de l’œil, entre ses cils démesurés par le mascara, le visage de ses compagnons se tourner vers elle.
Quand elle se mit à danser, faisant onduler son corps sur le rythme le plus lent qu’elle puisse discerner dans la musique qui martelait ses tympans, elle n’attendit pas avant qu’un jeune homme ne vienne se présenter à elle, entamant un duo qu’elle avait appelé de ses vœux. Mélinda était heureuse. Certes, il n’appartenait pas du tout au type de garçon qu’elle aurait apprécié de frôler, de mater et d’embrasser, mais il s’agissait d’un bon début, son cavalier possédant tout de même un certain charme. Les danseurs se succédèrent, la prenant dans leurs bras, tentant de l’enflammer par les caresses qu’ils lui offraient sous le couvert de cette danse sensuelle. Mélinda hésita plusieurs fois à repartir avec l’un d’eux, disparaissant de l’endroit aussi fièrement qu’elle y était venue, avec un de ces séduisants bruns lui emboîtant le pas. Cependant, celui qu’elle espérait ne s’était toujours pas présenté. Cet homme qui ferait battre son cœur plus rapidement que les accords qui sortaient des haut-parleurs et monter en elle cette brûlure dévorante qu’elle connaissait si bien.

    Les étoiles qui tournaient autant qu’elle lui auraient indiqué que quatre heures s’approchaient si Mélinda avait pu les voir. Il n’en était rien ni ne le serait. Pas ce soir, pas tant que cet homme la contemplerait ainsi, pas lorsqu’un simple contact de la main plaquait ce sourire charmeur et sensuel sur les lèvres mauves de la jeune femme. Elle se sentait magnétisée par ce corps puissant, par ce regard profond et le bon goût et la finesse prononcés que prouvaient la coupe et les matières de ses vêtements. Lorsqu’il s’écarta lentement d’elle, d’un mouvement souple et prévenant, l’interrogeant du regard, Mélinda le suivit. L’enseigne lumineuse de la boîte vit s’éloigner ces deux personnes étrangères l’une à l’autre. Tandis qu’elle marchait à côté de cet inconnu qui avait su la ravir, la jeune femme s’interrogeait. Non pas sur les risques que présentaient ses actes, mais à ce qui allait se passer. Allait-il l’emmener chez lui ? Ou préférerait-il un hôtel ? Déjà, il avait refusé la possibilité qu’offraient les petits boudoirs mis discrètement à disposition à l’intérieur du night-club. Et puis, elle sentait qu’avec celui-là, les choses seraient différentes. Sa démarche tranquille et féline, la largeur de ses épaules, l’assurance infinie et paisible qu’il affichait, tout dénotait chez lui l’être d’exception. Elle n’avait pas croisé une telle personne depuis… Depuis quand déjà ? Peu importe, sa décision se trouvait prise, désormais. Elle ne le laisserait pas s’éloigner d’elle.

    Finalement, il l’avait amenée chez lui. Il n’habitait pas très loin, à l’envers des quartiers chics et tout proche de la Seine. Il la laissa admirer la vue tandis qu’il débouchait une bouteille de vin blanc sucré. Elle accepta la coupe avec un petit geste de la tête en guise de remerciement. Ce qui allait se passer nécessitait une certaine solennité. Elle bût à peine, se contentant de tremper ses lèvres dans l’alcool. Mélinda n’était guère patiente une fois qu’elle s’était donné un but, son amant aurait bientôt tout le loisir de le remarquer. À sa surprise, elle s’aperçut que lui aussi avait à peine touché au liquide. Alors, dans un élan passionné et dramatique, elle s’élança vers lui, l’embrassant sans retenue. Il lui répondit. Ravie, Mélinda sentit des petits mordillements glisser sur le lobe de son oreille et s’attarder dans son cou. Elle gloussa et repoussa son nouvel amour. Celui-ci lui lança un regard interrogatif lorsqu’il la vit soudain minauder, puis commença à s’inquiéter quand elle lui dit : «Je suis désolée, chéri, mais ça va piquer un peu».
Et ses prunelles s’agrandirent de terreur tandis que deux canines transpercèrent sa peau et qu’une bouche glacée se délectait de son sang.

7 Commentaires

  1. Par contre je vais attendre d’avoir un peu de temps devant moi pour le lire 🙂

  2. Beau texte et chute inattendue ^^ j’adore.

  3. Merci beaucoup Eahya!
    Tes compliments sont exactement ceux que j’aurais souhaités pour ce texte. =^.^=

    Merci aussi d’avoir lu ma nouvelle!

  4. bon bah je sais pas si tu vas aimer le commentaire mais moi je l’ai trouvé rigolo… décidément je kiffe les nouvelles à chute! ^^

  5. Salut Terry! Contente de te voir dans le coin! ^^
    Bah, moi, j’aime bien ton commentaire. C’est un peu le principe de l’arroseur arrosé, cette nouvelle, alors, oui, vu sous cet angle, il y a de l’humour. Et puis, surtout, c’est girl powa! Yeah! è__é

  6. je suis désolée, si le style est bon, et si on ne peut te reprocher qu’une certaine lourdeur parfois, la chute ne m’a pas surprise une seconde 🙁

  7. Trop perspicace pour nous, petit scarabée.

    Dis-moi, tu ne serais pas rôliste ou GNiste, par hasard?